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Les parents en deuil: les pères et les mères sont-ils pareils ou différents?


L'expérience des deux conjoints est parfois différents selon la cause de la perte du bébé. Toutes formes de décès confondues, les hommes et les femmes sont parfois pareils et parfois différents dans leurs émotions, leurs réactions et leurs façon de chercher de l'aide.


Par exemple, tant les pères que les mères vivent des sentiments variés tels que le choc, le déni, la culpabilité, la colère, le chagrin, la douleur, etc. Pères et mères peuvent être désorganisés, avoir de la difficulté à prendre des décisions et avoir le sentiment de perdre le contrôle sur leur vie. Les deux parents peuvent remettre en question leur identité de parents, leurs priorités dans la vie. Comme père, peut-être allez-vous vous questionner: "Suis-je un bon soutien pour ma famille?" "Comment puis-je mieux protéger ma famille?" Cela peut amener un sentiment de confusion.


Vous pouvez tous les deux ressentir des problèmes de santé physique, par exemple des infections respiratoires répétées, de l'insomnie, etc. Vivre l'expérience de manger et de dormir plus ou moins. Il n'est pas rare que la santé mentale des parents soit atteinte, avec des difficultés à se concentrer, des troubles de la mémoire, de l'anxiété, et même, pour certains, des sentiments dépressifs. Penser au suicide est plus rare. Si cela vous arrive ou si vous vous sentez déprimé, il est important de demander de l'aide.


Comme différence, les deux parents ne vivent pas les mêmes émotions en même temps, ni avec la même force. C'est quelque chose de tout à fait normal, mais qui peut être difficile à accepter pour un couple habitué à tout partager. Parfois, cela peut être source de tension au sein du couple: "Je suis triste, déchirée. Comment peux-tu avoir envie d'aller au cinéma?"


Tout comme les émotions, les réactions vont être différentes. Plusieurs facteurs conditionnent les réactions. La grossesse était-elle planifiée? Désirée? Acceptés? Avez-vous le foetus à l'échographie? Entendu son coeur? Tous ces éléments aident à tisser des liens avec l'enfant, ce qui peut rendre sa perte plus difficile. Il n'est pas rare, si la perte survient au début de la grossesse que le père semble "s'en remettre" plus rapidement que la mère. La grossesse était moins concrète pour lui, il est plus inquiet des réactions de la mères que des siennes.


D'ailleurs, comment réagissent les pères?


Les pères sont habitués à être actifs, à régler des problèmes. Souvent, ils se sentent impuissants. Ils ne peuvent rien faire, rien régler. En colère, tristes, ils cachent leur peine afin de gérer le quotidien. Ils prennent soin de leur conjointe, ils prennent des décisions, entre autre par rapport aux rituels de deuil.


Leur congé de deuil, s'il existe, est très court. Ils retournent au travail rapidement. Souvent, ils disent se sentir "comme des robots, vide en dedans, coupés de tous". Au travail, on leur demande "Comment va ta femme?" et rarement "Comment vas-tu?", ce qui les encourage à se taire. Rapidement, ils peuvent se sentir à l'écart de ce que vit la mère et même se sentir isolés.


Les pères sont plus nombreux à faire face au deuil en contrôlant leurs émotions et en passant à l'action. Par le travail, le sport, les pères fuient leur peine. Il est facile pour certains de nier l'importance de cet événement dans leur vie. Ils passent par-dessus ou encore ils cherchent des solutions. D'aucuns vont vouloir concevoir rapidement un autre enfant.D'autres encore vont consommer alcool et drogue pour faire taire leur douleur. Si ce type de consommation devient une source de tension dans le couple, il est important de chercher de l'aide.


Comment réagissent les mères?


Pendant ce temps, les mères vivent différents changements dans leur corps: montée de lait, changements hormonaux, etc. Il est parfois difficile de faire la différence entre la fatigue de la période postnatale et celle qui accompagne une dépression. Il est normal pour les mères de se sentir vides, seules, et d'avoir l'impression que leur corps les a laissés tomber. Si elles sont en congé de deuil, elles peuvent passer de longues heures à se questionner: "Pourquoi ai-je perdu cet enfant?" "Pourquoi moi et pourquoi nous?" "Vais-je pourvoir avoir un autre enfant un jour?" "Quand?" "Suis-je une bonne mère?"


Plus que les pères, les mères se préoccupent de façon extrême de toutes sortes de choses: les causes du décès, leur fertilité. Elles se centrent sur leur perte et veulent en parler. Elles vont donc plus facilement chercher de l'aide.


Du côté du couple, quels sont les défis à relever?


On l'a dit, les deux conjoints sont différents dans leur deuil, chacun d'eux marchant à son rythme et à son pas. La communication, se parler et s'écouter dans ce que l'on vit peut donc devenir difficile par moments. Le grand défi est de vous respecter l'un l'autre dans vos différences, tout en restant en contact et en partageant.


Pour certains couples, la sexualité sera une source de réconfort, un endroit où se communiquer affection et attention. Pour d'autres, cela prendra du temps avant que le plaisir revienne dans l'échange sexuel. Pour d'autres encore, les relations sexuelles ne seront qu'un acte mécanique pour procréer. On verra plus loin que la question d'avoir ou non un autre enfant, et quand, peut être difficile à gérer. Pour se guider, le parent peut se demander: "Ai-je suffisamment d'énergie pour m'investir dans une relation avec un nouvel enfant?" Vivre un deuil prend beaucoup d'énergie. Il est important d'avoir des occasions de recharger ses batteries pour composer avec toutes les émotions liées au deuil.


Bien qu'on puisse croire qu'une autre grossesse va effacer tout le chagrin, il n'en est rien. Oui, une nouvelle grossesse apporte un certain réconfort, mais elle apporte aussi son lot de questions, d'inquiétudes, de stress. La naissance du nouvel enfant exige que les parents mettent leurs énergies dans leur rôle de parents, ce qui peut être difficile si les émotions de deuil sont encore vives.


En terminant, oui, le décès d'un enfant en cours de grossesse ou peu après touche les deux parents et bouscule la vie du couple. Pour un temps, la vie ne sera plus la même. Les hommes ont la force de mettre leurs énergies dans la poursuite de leur vie. Les femmes ont la force de parler de leur chagrin. Ce sont deux actions qui se complètent. Lorsque les couples alternent entre se projeter dans l'avenir et se focaliser sur leur peine, ils en retirent des liens encore plus forts entre eux et une plus grande harmonie conjugale.


Extrait du livre : Au-delà des mots. Recueil sur le deuil périnatal par Sarah Bachand et Caroline Labrie. Les publications du Québec.

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